Premières lignes #44

Coucou la compagnie !

Les semaines de reprise sont toujours les plus difficiles. Il faut retrouver le rythme avec les réveils plus tôt, les journées qui passent à la vitesse de la lumière et toutes les petites choses du quotidien à faire… Mine de rien, une semaine déjà d’écoulée !

Pour ce rendez-vous du vendredi, je vous propose de découvrir les Premières lignes d’une de mes dernières lectures, L’Ombre de la fauvette de Jean-Louis Desforges. Un roman qui a traîné plus de six mois dans ma PAL et je le regrette ! C’est le premier roman depuis quelques livres qui m’a tiré la larme à l’œil. Point de tristesse ! C’est juste une belle histoire, simple, authentique, merveilleuse.

Bon vendredi !


1

La fin d’une époque

Mais 1967, il régnait sur Pontoise un air de paix retrouvée, en dépit des inquiétudes paysannes. moins de cinq ans auparavant, les jeunes gens avaient regagné leur foyer et laissé derrière eux les mauvais souvenirs d’un conflit honteux sur une région qui n’était plus française, de l’autre côté de la Méditerranée. A mon retour, en juillet 1962, j’avais songé à demander un emploi aux usines Simca de Poissy, la ville voisine. Le salaire des ouvriers dépassait largement celui de nos cultivateurs qui s’échinaient à la production de betteraves et de poireaux, dans l’angoisse d’une averse de grêle au mauvais moment. Mais mon père m’avait suggéré de prendre sa suite, comme il l’avait lui-même fait sur les conseils de son propre père, au retour d’une autre guerre contre les Allemands, alors que je n’avais pas encore six ans. Docile, trop habitué à obéir aux ordres, j’avais suivi son avis et je partageais avec lui le labeur de la terre. J’avais hâte d’oublier ces cauchemars qui me réveillaient presque chaque nuit, avec l’impression de me trouver au centre d’un bombardement pris dans une embuscade, à l’écart de mes camarades. J’en ressentais une chaleur étouffante, le souffle coupé par un choc sur ma poitrine. Le plafond de ma chambre se teintait de sang. J’avais besoin d’un long moment pour récupérer mes esprits. Mon père ne se levait plus à mes hurlements, habitué à ces terreurs incontrôlables. Il attendait, certain que j’allais me calmer après un moment d’errements entre réminiscences et réalité. Pour avoir, lui aussi, connu ces affres, il ne redoutait pas trop de me voir hébété, livide, les yeux écarquillés, recroquevillé, les bras enserrant mes genoux.

L'ombre de la fauvette

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