[Les lectures de…] Sandra Mézière

Bonjour la compagnie !

Ça y est le soleil s’est enfin installé, la chaleur est arrivée. On a à la fois les plaisirs de l’été et les inconvénients du printemps (oui, pollen, je pense à toi !). Enfin trêve de blabla inutile.

Je ne vous présente plus la belle Sandra Mézière. Une auteure que j’ai adoré découvrir par le biais des interviews (il y a quasiment un an jour pour jour que je publiais son itw), puis à travers ses deux livres (L’amor dans l’âme et Les illusions parallèles) et enfin l’apothéose : la rencontrer le mois dernier au Salon du Livre de Paris.

Bref, à chaque fois, c’est un nouveau coup de coeur qui s’ajoute pour ce petit bout de femme. Une auteure fort sympathique, passionnée de cinéma, passionnée tout court.

Cette fois encore elle a accepté de répondre à mes petites questions mais pour la connaître davantage en tant que lectrice, encore une autre facette de sa personnalité.

Bon dimanche à tous !

Photo Salon du Livre

  • Votre livre préféré ?

Belle-du-seigneurMon cœur balance entre plusieurs livres mais dans le trio de tête il y aura toujours Belle du Seigneur d’Albert Cohen que j’aime un peu plus à chaque relecture autant pour son écriture vertigineuse, sa satire si acerbe et juste d’une société avide d’ascension sociale (la médiocrité pathétique et hilarante d’Adrien Deume) que parce qu’il s’agit d’un sublime roman d’amour, ou plutôt un roman de désamour d’ailleurs puisque la passion y étouffe ceux qui la vivent, les sublimes et tragiques Ariane et Solal. Roman flamboyant, éblouissant, inoubliable dans lequel Albert Cohen dépeint et même dissèque mieux que personne la naissance et la désagrégation de la passion. Un roman, une expérience même, qu’on adore ou déteste mais qui ne peut pas laisser indifférent. Et quelle écriture éblouissante, à la fois ardue et limpide, avec ses digressions, ses apartés, avec ses phrases interminables et étourdissantes, sans ponctuation, terriblement belles et clairvoyantes, aussi lyriques que parfois réalistes, et qui vous font chavirer d’admiration. Chaque mot y est essentiel : monologues sans ponctuation, sans paragraphes qui obligent – obligent n’est d’ailleurs pas le bon terme tant chaque mot se savoure dans l’attente insatiable du suivant – à une attention constante pour ne pas laisser échapper un détail qui éclairerait différemment les personnages. Pour décrire cette exaltation de la passion, Albert Cohen recourt à une écriture elle-même exaltée et il semble lui vouer un amour aussi fou que celui d’Ariane et Solal. Et quels personnages ! Les personnages d’Albert Cohen sont si complexes, successivement détestables et humains, compréhensibles, comme Solal qui me semble différent à chaque page et même à chaque relecture du roman, tour à tour admirable ou haïssable, sublime ou pitoyable, parfois tout cela à la fois. Quelle satire de l’administration et du monde de la diplomatie aussi grâce aux sarcasmes, aux nuances, à l’ironie, au soin du détail d’Albert Cohen ! Quel don de l’observation, quelle acuité chez Albert Cohen dans la transcription de l’autosatisfaction, la paresse, la médiocrité d’Adrien Deume, dans la description de la vacuité de son travail. A peine le roman terminé, j’ai toujours envie de m’y replonger pour presque éprouver (grâce à la magie de l’écriture de Cohen)  ce que ses personnages magistralement complexes éprouvent, pour les plaindre, les détester, les envier, ne pas toujours les comprendre : bref, pour revivre cette expérience d’une troublante, tragique, violente et singulière beauté.

 

  • Le livre qui vous a donné le goût de la lecture ou qui a marqué votre enfance ?

Je me suis très tôt réfugiée dans des livres, des classiques de la littérature française surtout, qui, je crois, ne sont pas habituellement ceux que lisent les enfants. Je me souviens encore de ces passages « obligés » à la bibliothèque à l’école primaire lors desquels mes petits camarades lisaient des BD et où je faisais semblant d’avoir les mêmes lectures, ayant le sentiment de ne pas être tout à fait normale.  Je ne saurais dire quel a été le premier mais je me souviens de ma fascination, très tôt, pour les romans de Balzac, notamment La Peau de chagrin ou Le Lys dans la vallée que je relisais obsessionnellement. Je me souviens aussi avoir dévoré tous les Agatha Christie ! Et cela m’arrive encore…

  • Le livre que vous n’avez jamais terminé ? Pourquoi ?

J’ai toujours plusieurs livres en cours. Quand je bloque un peu sur un livre, j’en commence un autre mais je crois que je finis toujours par  terminer le premier et le reprendre. Parfois, la fin d’un livre vous le fait envisager et apprécier différemment et ne pas la lire serait comme donner un avis sur un film sans en avoir regardé le dénouement. En ce moment, je bloque sur L’amie prodigieuse d’Elena Ferrante. Quand c’est comme cela, je reprends souvent un classique ou un livre que j’ai souvent relu. C’est chaleureux et joyeux comme retrouver une présence amicale et bienveillante. Ces jours-ci, c’est Des bleus à l’âme de Sagan.

 

  • Un personnage de roman dont vous pourriez tomber amoureuse ?

414VVko+aeL._SX303_BO1,204,203,200_Je crois l’être un peu d’un certain nombre de personnages de Balzac. Ne me dites pas qu’ils ne sont pas réels ? D’ailleurs, les beaux personnages le sont toujours un peu, réels, on les intègre à notre mémoire, à notre vie… Mais si je devais choisir un seul personnage, je dirais le ténébreux Martin Eden dans le roman éponyme de Jack London, avec le fol espoir de sauver ce personnage épris d’absolu. Je recommande ce roman qui est  une peinture de la société, de son hypocrisie, de la superficialité de la réussite, des bas-fonds de San Francisco aux salons de la bourgeoisie, mais aussi le plus juste des romans sur la fièvre créatrice et amoureuse qui emprisonnent, aveuglent et libèrent à la fois.

 

  • Lisez-vous plusieurs livres en même temps ?

Je dois bien avouer à nouveau que oui.

 

  • Quel est votre dernier livre lu ?

En plus des livres précités, je viens de terminer le Dictionnaire amoureux du Festival de Cannes de Gilles Jacob que je recommande vivement à tous les amoureux de cinéma ( J’en parle longuement ICI).

9782259251549FS

 

  • Quels sont vos projets de lecture à venir ?

Mes projets de lecture, ce sont trois livres que j’ai ramenés du Salon du Livre de Paris, des livres de mes collègues des Editions du 38 à côté desquels j’ai eu le plaisir de dédicacer  pendant ce salon : L’affaire Aurore S de Gilles Milo-Vacéri, L’étrange secret de Marie Cloarec d’Alex Nicol et Les Epopées Avaloniennes de Sara Greem. Et sans doute, en parallèle, vais-je relire un classique que j’affectionne comme cela m’arrive souvent. J’hésite encore entre Madame Bovary de Flaubert et La Chartreuse de Parme de Stendhal.

 

Encore merci Sandra pour votre gentillesse et disponibilité. 🙂

Interview réalisée en avril 2018.
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