[Des plumes et moi] Entretien avec Patrick Ferrer

  • Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?

dédicace1 (2)Bonjour Aurore, et merci de m’inviter sur votre blog. Je suis ce qu’on peut appeler un « jeune » auteur, j’ai auto-publié mon premier roman il y a trois ans et, à la suite de son succès en auto-édition, il est paru aux éditions Incartade(s) cet été, donc c’est encore tout frais. J’ai toujours été un amoureux des livres et de la littérature, au point d’avoir suivi une carrière où j’étais toujours en contact avec le livre, que ce soit en tant que bouquiniste sur les quais de Seine, employé de librairie ou chez un éditeur. Donc l’écriture est venue tout naturellement, j’en ai toujours eu envie mais il n’y a que récemment que j’ai pu m’y mettre sérieusement.

  • Que représente l’écriture pour vous ?

C’est un besoin vital, un truc qui me démange en permanence, qui me suit partout où je vais. C’est comme s’il y avait un petit démon dans ma tête qui ne me laisse jamais tranquille si je ne suis pas en train d’écrire. Maintenant que je m’y suis consacré depuis quelques années, c’est devenu un besoin aussi vital pour moi que de manger ou de respirer. Parfois plus important.

  • Depuis quand écrivez-vous ?

Je me suis lancé dans l’écriture de mon premier roman il y a dix ans. Les débuts ont été laborieux, j’ai écrit plusieurs versions du roman et ça m’a pris des années pour le terminer. Aujourd’hui, j’écris beaucoup plus vite, j’ai écrit deux autres romans en deux ans, plus une trentaine de nouvelles, et j’espère pouvoir continuer ainsi à produire un roman par an.

  • Pouvez-vous nous parler de vos publications ?

J’ai pour l’instant publié deux romans (dont une trilogie) qui sont des romans noirs, des énigmes policières ancrées dans le monde contemporain ou le passé proche. Le baiser de Pandore, un roman fleuve initialement publié en trois tomes qui se déroule entre les années 80 et la fin des années 90, entre Paris, l’Ukraine et la Russie et où un flic parisien part sur les traces d’une mystérieuse tueuse russe qui le fascine autant qu’elle le met en péril, et Le masque d’Eurydice qui est plus contemporain et met en scène un ancien agent secret qui a perdu la mémoire et une fille paumée qui va s’efforcer de l’aider à retrouver ses souvenirs, sans se douter des dangers qu’ils recèlent. J’ai également écrit pas mal de nouvelles, généralement dans le style fantastique ou SF, qui ont été publiées dans divers anthologies et magazines ainsi que dans deux recueils sous mon nom.

  • Comment se déroule votre processus d’écriture ? Avez-vous un plan défini ou laissez-vous guider par votre plume au fil de l’histoire ?

Je n’ai aucune idée, lorsque je débute un roman et souvent  jusqu’aux derniers chapitres, de comment l’histoire va évoluer. Je mets en place le thème général, les personnages et leurs conflits, et ça prend vie petit à petit sous ma plume. C’est ce que décrit Stephen King dans son ouvrage sur l’écriture. On voit un bout de fossile qui dépasse du sol et on se met à creuser pour le dégager, sans savoir à l’avance quel genre d’animal préhistorique on va déterrer. On le découvre peu à peu, à chaque coup de pioche, à chaque chapitre. Ça donne des choses très intéressantes qui vous emmènent, et le lecteur avec vous, dans des directions parfois très surprenantes.

  • Quels sont vos projets d’écriture à venir ?

Je viens de terminer l’écriture d’un troisième roman, un polar/thriller à paraître début 2018, qui a pris toute mon énergie depuis quelques mois et je n’ai pas encore eu le temps de penser au prochain. Je vais sans doute écrire quelques nouvelles après cela pour m’aérer un peu la tête mais je ne sais pas encore ce qui va suivre. J’aimerais essayer un nouveau genre, comme la SF ou le fantastique, mais ce n’est pas évident parce que ça voudrait dire construire un tout nouveau lectorat et c’est un gros challenge. Mais bon, pour l’instant, la priorité est de publier ce troisième roman et d’en faire un succès, plus assurer la continuation des deux premiers, et peut-être que le travail que ça va me demander suffira à calmer le démon de l’écriture pour un temps. J’espère. Sinon je suis cuit et je vais devoir m’y remettre…

  • Êtes-vous un petit ou gros lecteur ? Quelle place tient la lecture dans votre vie ?

J’ai beaucoup lu dans le passé, pour la détente ou acquérir de nouvelles connaissances, mais c’est moins le cas aujourd’hui pour deux simples raisons :

  1. Lire ne me détend plus parce que j’ai acquis un œil critique, par déformation professionnelle, et je suis devenu incapable de faire abstraction des éléments d’écriture, de style ou d’intrigue quand je lis. Mes cheveux se hérissent quand je vois des dialogues mal écrits par exemple, ou quand je devine qui est l’assassin à la page 100 du roman, et ça me gâche tout mon plaisir. Ou quand je vois un auteur que j’apprécie écrire pour la douzième fois la même histoire en changeant trois noms, un écueil très difficile à éviter quand on commence à avoir du succès. C’est comme un cuisinier qui est incapable d’apprécier un simple repas et qui notera que c’est juste un petit peu trop cuit ou pas assez ou un peu trop épicé, etc. Ça doit paraître affreux à vos lecteurs/lectrices mais c’est comme ça, déformation professionnelle, impossible d’y échapper.
  2. Ce qui me reste, c’est la recherche. Du coup, je lis des trucs très pointus que presque personne ne connaît, des vieux ouvrages sur la magie, un témoignage sur un épisode inconnu de la Seconde Guerre mondiale, un recueil poussiéreux d’anciennes légendes scandinaves, le livre des secrets des Indiens Lakotas, des trucs comme ça. Je ne peux jamais poster mes lectures en cours sur #VendrediLecture de Twitter parce que franchement ça n’intéresserait personne et les gens me trouveraient bizarre.

  • Avez-vous un livre préféré ? Quels sont vos auteurs préférés ?

C’est une question très difficile. Il y en a vraiment trop, parce que les goûts changent avec l’âge, la situation dans laquelle on est. Il y a des livres pour des moments, jamais les mêmes. J’aime autant Le dernier des Mohicans de mes dix ans que l’Écume des jours de mes vingt ans que Les particules élémentaires de mes cinquante ans. Et puis, une fois qu’on a lu un livre, si c’est un bon livre, on passe à autre chose. Le moment est déjà derrière nous. Le seul truc qui reste à peu près intemporel est la poésie, et encore. Je ne suis pas certain d’apprécier aujourd’hui Baudelaire, Rimbaud, Nerval ou Mallarmé de la même manière qu’au moment où je les ai lus. C’est vraiment très subjectif. Mon livre préféré, c’est celui qui répond à mes besoins et aspirations du moment mais ça change pratiquement chaque jour donc je ne sais quoi répondre.

  • Quel livre ou auteur vous a donné le goût de la lecture ?

J’ai découvert la lecture le jour où je suis entré pour la première fois dans une bibliothèque. C’était en sixième, au lycée. C’est là que j’ai découvert un monde dont je n’avais jusque-là jamais soupçonné l’existence, les grands auteurs classiques, les Grecs, les Romains, les histoires de pirates et d’Indiens, les îles désertes où vivent des noirs appelés Vendredi, les capitaines Némo et autres. À partir de ce moment-là, j’étais foutu. J’ai tout lu.

  • Quel livre auriez-vous aimé écrire ?

Mince, j’aurais aimé tous les écrire, tous ces livres que j’ai aimés. Ça doit être fantastique de pondre des trucs comme ça. J’ai l’impression que si je devais en choisir un, je me priverais de tous les autres, c’est cruel ! Mais jouons le jeu, j’ai hésité entre Chroniques martiennes de Bradbury et 1984 de Orwell mais si je ne devais en choisir qu’un, je prendrais Danse, danse, danse de Haruki Murakami parce que je le trouve absolument magique, c’est un bouquin qui m’a retourné comme une chaussette sans que je sache exactement pourquoi. Alan Moore (Watchmen) dit que l’art est comme la magie, qu’il doit opérer une sorte de transmutation inconsciente dans l’individu. Ce livre a eu cet effet sur moi et si je pouvais un jour écrire un truc aussi magique, je crois que j’aurais atteint mon but.

  • Un petit mot pour la fin ?

Merci de m’avoir invité pour cette discussion au coin du feu. J’apprécie le travail que font les blogs lits pour faire connaître de nouveaux auteurs et pour partager leur passion de la lecture. En tant qu’auteur, je suis conscient que mon travail n’a aucun sens si je ne peux le partager avec d’autres et, peut-être, leur apporter un peu de rêve, d’espoir, de frissons ou d’émotions. Donc c’est très gentil de me laisser un peu délirer sur votre blog.

Interview réalisée en décembre 2017.

Retrouvez Patrick Ferrer sur son site web, ainsi que sa page auteur sur Amazon.

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