[Des plumes et moi] Entretien avec June Silinski

Hello everybody !

Ce dimanche, c’est une plume un peu spéciale qui nous donne rendez-vous. D’ordinaire quand on parle de « plumes » on pense à des auteurs. Mais n’oublions pas qu’il y a aussi des traducteurs qui nous donnent l’occasion de lire des livres venus d’ailleurs. C’est donc une jeune traductrice, June Silinski, qui va s’entretenir avec nous aujourd’hui.

  • Peux-tu te présenter en quelques mots ?

JuneSilinskiJe m’appelle June Silinski, j’ai 24 ans et je viens du Pas-de-Calais. J’ai toujours été passionnée par trois choses : la littérature, les langues et les voyages. J’ai donc commencé à partir vivre à l’étranger dès la fin du lycée, d’abord aux États-Unis, puis au Togo, dans plusieurs pays d’Amérique Latine, aux Philippines, en Russie et en Espagne.

À travers ces expériences et mes études en traduction et relations internationales, je tente de mieux comprendre les diverses cultures qui peuplent le monde.

  • Comment devient-on traductrice ? Quel est ton parcours ?

J’ai commencé mes études en traduction et interprétation à l’ISIT, à Paris, et je les ai terminées à l’Universidad Alfonso X el Sabio, à Madrid, car l’une de mes langues de travail est l’espagnol. Entre-temps, j’ai beaucoup voyagé, de façon à perfectionner ma maîtrise des langues et j’ai effectué divers stages dans des entreprises de services linguistiques.

Je pense qu’il s’agit d’un parcours assez classique, mis à part peut-être le changement d’université : pour devenir traducteur/traductrice, il y a certaines aptitudes à développer : la connaissance des langues de travail, bien évidemment, mais aussi la connaissance des cultures au sein desquelles se développent ces langues, de façon à ce que les traductions soient adaptées à leurs publics et à leurs objectifs. D’après moi, c’est la partie la plus intéressante de la traduction, parce qu’elle contient une dimension humaine très importante !

  • Choisis-tu les œuvres que tu traduis ou te les impose-t-on ?

Pour ma part, en tant que traductrice indépendante, j’ai la chance de pouvoir choisir. La plateforme que j’utilise pour entrer en contact avec les auteurs me permet de voir tous les livres disponibles et de choisir celui que je souhaite traduire. Ensuite, bien évidemment, il faut que l’auteur accepte l’extrait traduit que je lui envoie !

Parfois, ce sont les auteurs qui me contactent directement pour me proposer de traduire leur ouvrage et dans ce cas, il me revient d’accepter ou non la mission.

  • As-tu déjà refusé de traduire un livre ? Quelles en ont été les raisons ?

Cela m’est déjà arrivé, pour plusieurs raisons. D’abord, il y a le manque de temps : si plusieurs auteurs me proposent de traduire leur travail en même temps, il faut faire un choix !

Ensuite, pour ma part, le thème du livre importe : traduire une œuvre littéraire peut prendre beaucoup de temps et si l’ouvrage ne m’intéresse pas, je serai peu encline à accepter la mission.

Cela ne m’est pas encore arrivé, mais si un ouvrage soutenait des valeurs qui vont à l’encontre de mes propres principes, je le refuserais également ; la traduction, et qui plus est, la traduction littéraire, est un moyen de propager la culture et les idées à travers le monde, je donne donc de l’importance à la valeur morale et idéologique du travail qu’on me propose.

  • Peux-tu nous parler des livres que tu as traduits ?

Ils sont tous plutôt différents.

J’ai traduit trois ouvrages qui pourraient être classés dans la catégorie « développement personnel » :

Vivre le stoïcisme aujourd’hui (P. Ussher) est un recueil d’essais sur le mouvement philosophique des stoïciens qui cherche à proposer une manière d’en appliquer les principes dans la vie moderne à travers de témoignages, d’histoires et de réflexions.

Le pouvoir de la pensée positive (P. Edwards) est un ouvrage qui propose des techniques de psychologie positive et de méditation afin de mieux gérer le stress et les tensions de la vie quotidienne.

Éveil spirituel : à la recherche de la vérité (H. J. Rose) s’intéresse principalement à la spiritualité de chacun et propose au lecteur de comprendre son identité et l’objectif de son existence.

J’ai également traduit deux romans.

L’expulsé (M. Benarroch) propose deux histoires en parallèle : d’un côté, une relation adultère entre un homme et une femme qui semble être la sienne ; de l’autre, un autobus mené par des terroristes. En toile de fond, on découvre l’expulsion des Séfarades hors d’Espagne et leur arrivée au Maroc, au XVème siècle. Il s’agit d’un livre très métaphorique qui nous plonge directement dans l’univers de l’auteur.

Dans les Amériques (J. et L. Morcan) est une histoire basée sur le journal intime d’un jeune Anglais qui s’engagea sur un bateau marchand au début du XIXème siècle. Son équipage atteint les Amériques et le protagoniste est fait prisonnier et réduit en esclavage par une tribu amérindienne. Le roman décrit alors sa vie sur ce continent encore sauvage à l’époque ainsi que les coutumes et rituels de la tribu. C’est un ouvrage que j’ai beaucoup aimé traduire et le fait qu’il s’agisse d’une histoire véridique m’a ému.

 

  • Quels sont tes projets à venir ?

J’en ai plusieurs !

Actuellement, je traduis deux nouveaux livres : une biographie de Stephen King, qui devrait sortir en décembre 2017, et un polar, dont la sortie est prévue début 2018.

J’ai également le projet d’utiliser la traduction à des fins sociales : à travers mes voyages et mes études en relations internationales, j’ai réalisé qu’une grande partie de la population mondiale n’avait pas accès à des services basiques comme la médecine, la justice, les médias ou l’éducation à cause des barrières linguistiques qui existent dans leurs propres pays ; les locuteurs de langues minoritaires se retrouvent discriminés. Je travaille donc à la création d’un programme qui permettrait de solutionner ce problème.

Je déménage en Italie dans quelques semaines, de manière à étudier l’italien et à l’ajouter à mes langues de travail.

Enfin, j’aimerais aussi publier mes propres romans !

  • Parlons un peu lecture maintenant. Es-tu une petite ou grosse lectrice ? Quelle place tient la lecture dans ta vie ?

J’ai toujours beaucoup lu, même enfant ! Il est vrai que le temps n’est pas toujours de mon côté pour dévorer autant de bouquins que je le voudrais, mais j’accorde beaucoup d’importance à la lecture ; elle m’a toujours beaucoup apporté, à tous les niveaux !

  • As-tu un livre préféré ?

Ce n’est jamais un choix facile ! Mais l’œuvre qui me vient à l’esprit est Le rêve du Celte de Mario Vargas Llosa. L’auteur y narre l’histoire vraie de Roger Casement, un diplomate irlandais qui lutta contre le colonialisme et l’esclavage, en particulier en Amazonie et au Congo, puis pour l’indépendance de l’Irlande. C’est une histoire qui m’inspire et me touche toujours beaucoup, et le style d’écriture de Vargas Llosa me conquit à chaque fois !

  • Quels sont tes auteurs préférés ?

J’aime beaucoup les classiques !

Zola, Maupassant, Hugo, Poe, Dickens, Beckett, Garcia Marquez, Vargas Llosa… Il y en a tant ! Mais avec ceux-ci, je sais que je ne suis jamais déçue !

  • Quel livre ou auteur t’as donné le goût de la lecture ?

Quand j’étais toute petite et que je venais tout juste d’apprendre à lire, je dévorais les livres de la Comtesse de Ségur et la collection Alice de Caroline Quine. Ce sont ces auteures qui m’ont habituée à toujours avoir un livre à la main.

Néanmoins, je crois que le premier à m’avoir réellement fait penser : « Qu’est-ce que j’aime lire ! », c’est Stephen King, quand j’avais une dizaine d’année. Brume a été le premier ouvrage que j’ai lu et son univers fantastique et mystérieux m’a plu ! Encore aujourd’hui, c’est un monde dans lequel j’entre avec plaisir !

  • Quel livre aurais-tu aimé écrire ?

De manière générale, je pense que j’aurais aimé pouvoir écrire un roman policier. J’ai toujours été impressionnée par les auteurs de romans policiers, car il faut, selon moi, beaucoup d’imagination et de discipline pour créer de tels personnages, une succession de situations, des indices et des raisonnements qui s’emboîtent parfaitement et de manière tout à fait logique.

  • Un petit mot pour la fin ?

Je suis reconnaissante d’avoir pu partager ma passion des langues et de la littérature en quelques lignes. Les mots sont propres à l’être humain, ils nous permettent de penser, de ressentir, de communiquer, de partager… J’ai toujours été convaincue de l’importance des livres, au-delà du fait qu’il est agréable de tourner quelques pages, un thé à la main, un plaid sur les pieds. Ils ont le pouvoir d’unir les gens émotionnellement et idéologiquement. C’est pourquoi la traduction, et en particulier la traduction littéraire, a une grande importance à mes yeux : elle permet de créer ce même lien entre des personnes de langues et de cultures différentes et je pense que c’est là tout l’intérêt de cet art.

Interview réalisée en août 2017.

Retrouvez June Silinski sur Twitter et son site internet.

Publicités

Une réflexion sur “[Des plumes et moi] Entretien avec June Silinski

  1. Pingback: Bilan lecture #11 | Des plumes et des livres

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s