[Des plumes et moi] Entretien avec Laureline Amanieux

  • Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?

Je suis un écrivain hybride qui publie chez différents éditeurs traditionnels (comme Albin Michel ou Payot), et de manière indépendante : mon premier recueil de nouvelles, La nuit s’évapore, est paru ainsi en février 2017 via la plateforme Amazon en autoédition. Je suis très heureuse de cette expérience qui me permet de rencontrer la communauté si active et chaleureuse des auteurs indés, et beaucoup plus de lecteurs que je n’aurais imaginé. Par ailleurs, je suis chroniqueuse culture en presse chez Bayard et réalisatrice de documentaires pour différentes chaînes de télévision et le web. Dans ma « première vie », j’ai aussi enseigné le Français et la Littérature, en tant que docteur es Lettres. Désormais, j’enseigne l’écriture du documentaire aux particuliers et dans des universités ou centres audiovisuels.

PhotoLA

  • Que représente l’écriture pour vous ?

J’ai commencé à écrire mes premiers textes adolescente quand j’ai réalisé combien tout est éphémère et qu’écrire permet de préserver la beauté de nos vies, et même de réaliser des expériences qu’on n’a pas pu vivre dans le réel. La dernière nouvelle de La Nuit s’évapore est par exemple consacrée à une amie libanaise décédée trop tôt au Liban sans que je ne puisse la revoir à l’époque, mais l’écriture m’a permis d’imaginer que je l’accompagnais dans ses derniers jours, de recréer sa présence, et de rendre hommage à son histoire exceptionnelle d’humanisme pendant la guerre civile au Liban. J’ai conclu le livre en imaginant que j’enterre le manuscrit dans son jardin là-bas. Très curieusement, la vie m’a offert la chance par la suite de me rendre au Liban pour le tournage d’un documentaire pour ARTE et j’ai pu, 5 ans après sa mort, déposer mon livre qui venait de paraître dans les branches d’un olivier de son jardin en hommage, et puis l’offrir à son mari aussi. Je crois que l’écriture a la force d’anticiper l’avenir parfois. Elle m’est existentielle. Je pourrai me passer de tout je crois, sauf d’écrire avec le plus de poésie possible.

  • Depuis quand écrivez-vous ?

Depuis mes 13 ans. J’ai toujours aimé lire et écrire auparavant, mais j’ai commencé à écrire à cet âge dans une perspective littéraire d’abord des poèmes puis des nouvelles, et à l’âge adulte des essais. Dans La Nuit s’évapore, je raconte d’ailleurs l’histoire de mon professeur de Français en classe de 4e qui nous a éveillés à la poésie comme à la vie, et aux pouvoirs bénéfiques de la littérature, pour nous extraire de nos souffrances d’adolescents. Elle était très incroyable. Elle arrivait avec des poèmes de Baudelaire sous le bras et elle nous demandait de les analyser avec nos tripes : « ça doit venir de vos entrailles », disait-elle. Ca change une vie !

  • Pouvez-vous nous parler de vos publications ?

Dans La Nuit s’évapore, tout commence par une mort : la narratrice perd une de ses amies proches qui s’appelait Yola. Alors elle part en quête d’histoires qui l’aideront à traverser les étapes du deuil, des histoires qui font, comme elle l’écrit, de « la douleur une aurore nouvelle ». 10 personnages trouvent ainsi, face à une épreuve, des chemins de renaissance inattendue. Même s’il est constitué de nouvelles, ce recueil se lit comme un roman jusqu’à la dernière histoire qui donne tout son sens à l’ensemble : celle de Yola, l’amie disparue de la narratrice.

On retrouve d’ailleurs cette conviction dans mes essais sur la Mythologie publiés chez Albin Michel et chez Payot : qu’un drame peut nous donner l’occasion de renaître plus fort, et qu’on peut faire de notre vie un voyage héroïque et tourné aussi vers les autres. Quand j’ai vécu quatre ans aux Etats-Unis, j’ai découvert la pensée positive du mythologue américain Joseph Campbell, très connu là-bas, dont je parle dans ces essais. Je suis régulièrement invitée pour parler dans les médias ou en conférence de cette thématique. Auparavant, j’ai consacré un essai à l’œuvre de la romancière Amélie Nothomb aux éditions Albin Michel et une thèse de doctorat.

J’ai publié dès mes 18 ans des poèmes en revue, anthologies puis un premier recueil qui est épuisé depuis, mais il est possible de lire ces poèmes aujourd’hui en ligne sur :

https://commelavague.wordpress.com/amanieux-laureline/

  • Comment se déroule votre processus d’écriture ? Avez-vous un plan défini ou laissez-vous guider par votre plume au fil de l’histoire ?

La nuit s'évaporePour les essais comme pour mes nouvelles, j’effectue beaucoup de recherches : lectures et interviews notamment. Les références littéraires jouent un rôle direct dans mes histoires : dans La Nuit s’évapore, le livre des Métamorphoses d’Ovide tient une place importante dans chaque nouvelle, car je raconte des métamorphoses positives à travers dix récits de vie, et je me réfère chaque fois à un ancien mythe. Le réel est surtout une source d’inspiration infinie pour moi, même si je le romance beaucoup. Dans La Nuit s’évapore, toutes mes nouvelles racontent des chemins de résilience, quand on parvient à se reconstruire au-delà de la douleur, et elles sont toutes inspirées de personnes réelles, même si j’ai changé les noms et puisé dans mon imaginaire, mes souvenirs, ou mélangé des récits parfois. J’ai interrogé, écouté, pris des notes, effectué un tri… pendant plusieurs années pour les écrire. J’écris plutôt par fragments ensuite, une scène puis une autre, et au fur et à mesure, je les relie ensemble, je retravaille la structure générale… donc je ne pars jamais d’un début pour arriver à une fin. C’est pareil pour un poème : je trouve d’abord des vers épars, des images fulgurantes qui s’imposent avant de définir la continuité du poème. Je lis d’ailleurs beaucoup de poésie quand j’écris des nouvelles, cela m’inspire, comme un rituel. La nouvelle est le genre pour moi le plus proche de la poésie : on peut saisir des instants à vifs, des émotions intenses, creuser un rêve, recréer des visions… Pour mes personnages, parfois le monde tout à coup se déforme autour d’eux : c’est pour rendre ces instants où un drame rend le monde obscur autour de nous. A l’inverse, dès que nous trouvons une issue de secours, tout s’éclaircit, la nuit s’évapore.

  • Quels sont vos projets d’écriture à venir ?

Je travaille beaucoup dans le domaine du documentaire pour l’audiovisuel en ce moment ; j’ai plusieurs projets d’écriture et de réalisation en cours. Mais j’ai hâte de reprendre du temps pour l’écriture littéraire de mon prochain recueil de nouvelles, car plusieurs sont déjà prêtes, et aussi pour un roman plutôt de Fantasy dont j’ai écrit une première version mais que je dois remanier. Je pense que je le publierai chapitre après chapitre sur wattpad d’abord pour partager avec les lecteurs cette aventure et recevoir leurs commentaires stimulants !

  • Êtes-vous une petite ou grosse lectrice ? Quelle place tient la lecture dans votre vie ?

Je suis une grande lectrice, j’ai la chance de pouvoir relier mes activités professionnelles à la lecture : que ce soit pour écrire des articles dans la presse, dont beaucoup ont trait à la Littérature, ou même pour les documentaires que je réalise. Récemment, je suis partie pour un tournage sur les traces du poète Nerval et de son Voyage en Orient par exemple. Je lis en plus pour mon seul plaisir parmi les dernières publications chez des éditeurs traditionnels, des classiques, les romans autoédités et les revues de nouvelles ou les sites de publication comme short-edition.com.

  • Avez-vous un livre préféré ?

Les Chroniques de l’Oiseau à ressort du romancier et nouvelliste japonais Haruki Murakami est mon préféré depuis quasi 15 ans. C’est un auteur de référence pour moi qui inspire mon écriture ; je me sens proche de son univers à la croisée du réel et du rêve.

  • Quels sont vos auteurs préférés ?

Les poètes d’abord : Eluard, Verlaine, Louise Labbé, Clément Marot, Ronsard, Christine de Pisan… Et parmi les romanciers qui nourrissent mon style, il y a Christian Bobin, Haruki Murakami, David H. Lawrence, Christian Garcin, Pierre Michon… Parmi ceux que j’admire, il y a Amélie Nothomb, John Fante, J.K. Rowling, Zola, Balzac, Nerval, Karen Blixen… difficile de tous les citer !

  • Quel livre ou auteur vous a donné le goût de la lecture ?

Je crois que ce sont les contes que je lisais enfants, notamment d’Andersen. Puis j’ai eu une passion très jeune pour les romans policiers d’Alfred Hitchcock et d’Agatha Christie. Le goût des grands romans littéraires est venu plus tard, à l’adolescence. Nana de Zola ou La Fin de la nuit de Mauriac m’ont marquée.

  • Quel livLLe auriez-vous aimé écrire ?

La Princesse de Clèves de Madame de La Fayette : c’est si délicat, subtil, rempli de passion contenue et impossible, fin dans la description de la société de l’époque et surtout des complexités du cœur humain ! Un chef d’œuvre. Je conseille aussi le documentaire Nous, Princesse de Clèves de Régis Sauder que j’aurais aimé réaliser !

  • Un petit mot pour la fin ?

Un immense merci pour cette interview, cette possibilité de partager avec les lecteurs et MERCI aux lecteurs sans qui mes ouvrages, en particulier autoédités, ne pourraient pas exister : ce sont eux qui donnent au final vie à ce que nous écrivons et c’est le plus beau des cadeaux.

Interview réalisée en avril 2017

La nuit s'évapore

La nuit s’évapore est disponible sur Amazon au format broché et Kindle.

Retrouvez l’ensemble des livres de Laureline Amanieux ici, et ses poèmes sur ce site.

Vous pouvez également entrer dans l’univers de Laureline Amanieux en visitant son blog personnel.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s